Anesthésie

Principes clés

Les animaux sont anesthésiés pour induire un effet analgésique et une perte de sensibilité de sorte que de douloureuses interventions peuvent être exécutées de manière éthiquement acceptable (p. ex. une chirurgie). L'anesthésie peut également être un moyen de contention afin que l'animal n'éprouve pas une détresse qui serait causée par une immobilisation prolongée, comme celle requise pour un test d'imagerie par résonance magnétique (IRM). L'utilisation de méthodes d'anesthésie sûres et efficaces constitue un important raffinement des procédures. Toutefois, ces méthodes doivent être non seulement choisies avec soin, mais aussi régulièrement réexaminées.

La gestion de l'anesthésie comprend tous les processus et les événements qui se déroulent pendant la période d'anesthésie et qui visent à éliminer la sensation de douleur pendant une intervention invasive et à assurer un retour à l'état physiologique normal après le réveil. Le choix du meilleur anesthésique pour un projet donné ne va pas de soi. Les utilisateurs qui ne sont pas des vétérinaires devraient toujours consulter un vétérinaire anesthésiologiste ou un vétérinaire pour animaux d’expérimentation avant d'utiliser un agent anesthésique.

Généralement, l'analgésique devrait avoir les propriétés suivantes :

  • permettre d’atteindre la profondeur et la durée d'anesthésie nécessaire
  • être facile à administrer, sans causer une détresse importante chez l'animal
  • être dépourvu d'effets secondaires indésirables et permettre un réveil facile et sans complication
  • entraîner le moins d'interférence possible avec l’objectif du projet

Le vétérinaire considère un certain nombre de facteurs propres à l'animal lors du choix de l'anesthésique. Par exemple :

  • l'espèce - La dose d'anesthésique à employer varie selon l'espèce. En outre, une bonne connaissance des effets d'un anesthésique chez une espèce donnée ne permet pas de supposer qu'ils seront les mêmes chez une autre espèce.
  • la souche - Des différences ont été relevées entre les souches d'une même espèce; par exemple, certaines souches de porcs sont plus sensibles que d'autres à l'hyperthermie maligne pendant l'anesthésie à l'halothane.
  • l'âge - Les animaux jeunes ou âgés peuvent présenter un risque accru de complications liées à l'anesthésie.
  • le poids - Pendant l'anesthésie, les animaux très gras peuvent ne pas respirer aussi efficacement que les individus plus maigres, ce qui entraîne parfois des problèmes d'hypoventilation. Si la dose d'un médicament donné est calculée en fonction du poids de l'animal (c.-à-d. en mg/kg), il peut y avoir une surdose relative parce que les lipides contribuent moins à la circulation sanguine, donc à la répartition du produit, que les muscles. De plus, la phase de réveil consécutive à l'administration d'un anesthésique peut être relativement longue chez les animaux très maigres.
  • le sexe - Pour certains produits anesthésiants, des effets différents ont été relevés selon le sexe.
  • l'état de santé - Une maladie ou une pathologie préexistante peut compliquer une anesthésie (p. ex. une pneumopathie peut entraver la fonction respiratoire pendant l'anesthésie et une maladie hépatique peut gêner le métabolisme des agents anesthésiques).
  • le comportement - Chez un animal excité ayant un taux élevé d'adrénaline en circulation ainsi qu’une pression artérielle et un rythme cardiaque élevés, les risques liés à l'anesthésie sont accrus.
  • l'anesthésie préalable - Comme certains anesthésiques injectables ne sont complètement éliminés de l'organisme qu'au bout de plusieurs jours (p. ex. le pentobarbital), il faut être prudent si le même individu doit subir une nouvelle anesthésie peu de temps après la première. Quant aux anesthésiques fortement métabolisés lors du processus excréteur, une deuxième anesthésie peut mener à une métabolisation plus rapide du produit que lors de la première administration, la période d'anesthésie étant alors plus courte.
  • les interactions médicamenteuses - Certains médicaments non anesthésiants ont une influence sur les effets des anesthésiques.

Éléments du bien-être animal à prendre en considération

Avant l'anesthésie, il est particulièrement important que l'animal soit manipulé doucement et calmement afin qu’il ne se démène pas ni ne s’effraie. Un état d'excitation prolongé dérange le système circulatoire et le métabolisme de l'animal et provoque un certain état de choc. De surcroît, tenter d'anesthésier un animal qui se débat pose une difficulté physique et la détresse causée par cette manipulation peut, en plus, accroître la possibilité d'une réaction anormale à l'anesthésique. Par conséquent, l'emploi d'agents préanesthésiques (p. ex. les sédatifs et les tranquillisants) devrait être pris en considération pour :

  • réduire l'anxiété chez l'animal
  • réduire la dose d'anesthésique requise
  • réduire certains des effets secondaires de l'anesthésique
  • produire une certaine action analgésique lorsque l'effet de l'anesthésique a disparu

Emploi d’agents bloquants neuromusculaires

Traditionnellement, les agents bloquants neuromusculaires étaient employés comme produits d'appoint à l'anesthésie pour accentuer la myorelaxation pendant l'intervention chirurgicale ou pour réguler la respiration. Ces agents ne produisent aucune sédation ou analgésie. La paralysie provoquée par les agents bloquants neuromusculaires supprime certains des signes utilisés pour évaluer la profondeur de l'anesthésie. L'animal peut donc sembler être sous anesthésie (aucune réponse aux stimuli douloureux) alors qu'en réalité il ne peut réagir parce que ses muscles sont paralysés. Cette méthode représente un compromis inacceptable du bien-être animal. Afin de réduire les risques pour le bien-être animal et de mener plus loin le raffinement des protocoles expérimentaux, les chercheurs qui emploient des agents bloquants neuromusculaires devraient collaborer avec le vétérinaire de leur établissement pour trouver d’autres agents anesthésiques.

Effets secondaires

Les anesthésiques agissent souvent sur les systèmes cardiovasculaire, respiratoire et thermorégulateur en plus d'agir sur le système nerveux central (SNC) et d'avoir des effets secondaires qui peuvent être indésirables. Par conséquent, il faut faire tous les efforts nécessaires pour maintenir la circulation, la fonction respiratoire et la température corporelle des animaux anesthésiés à l'intérieur des limites physiologiques normales. Les effets secondaires de l’anesthésie incluent notamment :

  • la dépression du système nerveux central (SNC) - Les anesthésiques courants produisent une dépression du SNC qui aboutit à une perte de conscience. En outre, de nombreux réflexes utilisés pour évaluer la profondeur de l'anesthésie persistent après la perte de conscience; cependant, si la profondeur de l'anesthésie s'accroît, ils disparaissent peu à peu et certains automatismes comme la respiration peuvent même cesser.
  • la dépression cardiovasculaire - Généralement, l'anesthésie entraîne une réduction du débit cardiaque et une chute de la pression artérielle.
  • la dépression respiratoire - Un des effets des anesthésiques est une perte de tonus musculaire et une diminution de la contractilité. Il en résulte une réduction globale de l'efficacité de la fonction respiratoire chez l'animal.
  • le dérèglement de la thermorégulation - Les anesthésiques inhibent la fonction de thermorégulation. Ils agissent sur la régulation de la température corporelle, une fonction contrôlée par le cerveau, et sur les mécanismes tels que le frisson. L'hypothermie est l'un des principaux facteurs à prendre en compte, notamment dans le cas des petits animaux comme les rongeurs; à cet effet, il faut prévoir une source de chaleur contrôlée permettant de maintenir la température corporelle de l'animal.
  • la dépression de la sécrétion hormonale - Généralement, l'anesthésie entraîne une dépression de la sécrétion hormonale. Certains anesthésiques généraux peuvent provoquer une augmentation de la sécrétion de prolactine.
  • la dépression d'autres fonctions - L'anesthésie générale produit une dépression de la motilité gastro-intestinale et de la fonction hépatique; l'excrétion urinaire diminue également.

Cette section est inspirée de documents sur le site Web du National Centre for the Replacement, Refinement and Reduction of Animals in Research (NC3Rs) et de documents de référence du CCPA.

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